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De
son enfance, un souvenir fugace.
Une rivière à peindre sur un rouleau de papier japonais.
Le cadeau d'un papa.
Le cadeau
Elle s'éreintait
depuis si longtemps sur des grands formats, au fusain, puis à
l'huile. L'observation des corps nus, à laquelle elle se
livrait avec beaucoup d'assiduité, n'avait qu'une fin : l'aider
à se comprendre, la faire se découvrir.
La maîtrise technique et graphique de l'art pictural aurait
pu la satisfaire, mais
Corinne Ranson se décourageait.
Elle devinait qu'elle s'était égarée, peut-être
fourvoyée.
Qu'avait-elle à faire de toute cette science, si sa sensibilité
restait en friche.
Mais comme la vie sourit à ceux qui ont le sens de l'humour
et de la dérision, elle lui fit un cadeau providentiel en
lui rappelant les vertus de la désobéissance.
Il faisait beau ce jour-là, et elle peignait tranquillement
au bord d'une piscine.
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Les enfants
jouaient et ses pensées vagabondaient : qu'allait-il advenir
de ces petits formats, soigneusement élaborés ?
Quand le vent du sud-ouest se mit à souffler, elle aurait
pu l'entendre lui dire :
"Sois toi-même, ne te trahis pas, je vais te montrer
comment tordre le cou aux conventions académiques.
Laisse s'envoler ton imagination.
" Lorsqu'elle vit ses peintures transformées en gros
nénuphars colorés, plantés ici ou là
à la surface de l'eau turquoise, elle ne comprit pas tout
de suite pourquoi elle se sentait libérée.
De
son enfance, un souvenir fugace
Une rivière à peindre sur un rouleau de papier japonais.
Le temps a passé
et Corinne Ranson se retrouve en Alsace en ce jour d'août
99 où le soleil et la lune s'étaient filé un
incroyable rancart.
Il fait nuit quand elle décide d'aller peindre dans la rivière.
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Encouragée
par des amis proches, elle dépose sa couleur, immerge sa
toile, mais doit attendre le lendemain pour découvrir le
résultat de son expédition nocturne.
Les petites heures du matin et les premiers rayons révèlent
une composition inattendue.
La rivière a fait son travail et l'artiste se souvient du
calendrier enroulé de son enfance.
Dès lors, elle n'immergera plus de toiles, mais du papier
japonais.
Et la boucle est bouclée.
En toile de fond, la rivière, toujours.
Facétieuse, capricieuse, malicieuse.
Qui pousse l'artiste dans ses derniers retranchements, aux confins
de l'émotion et de la sensibilité.
Chaque fois, le cadeau de l'enfance ressurgit. Corinne Ranson s'adapte,
adopte, invente, sublime.
C'est un peu comme un retour aux sources, une immersion puérile,
sans condition, ni conditionnement, à la rencontre de tous
les possibles.
par
Corinne Danastas, sculptrice
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